Une fois étendu, vaincu, résigné, abattu, tel un naufragé urbain, mortellement atteint par les mots qui tuent. Pas vraiment allongé sur du sable avec les vaguelettes qui ne mouillent que les pieds et les chevilles, mais plutôt une victime de la vie qui part en vrille, qui tourbillonne, qui va trop vite pour qu'elle ne puisse comprendre ce qui lui arrive. Etendu sur du bitume mouillé, sous une pluie battante d'hiver, froide et perforante, survient le moment ou l'on ne peut envisager l'après, le bien, le bon, le réconfortant. Pas même le passable, l'acceptable. Certains creusent leur abime, s'y complaisent, geignent, se plaignent. D'autres attendent, avec la foi du fataliste.
Comme un verdict, un bilan ou une valeur étalon, chacun pourra mesurer, au nombre de mains qui se tendent vers lui, la richesse, la seule qui compte vraiment, des relations fortes qu’il a tissé jusque là.
C’est alors que des mains se tendent...
Les mains d'une mère dont on ne peut avoir oublié la douceur et le réconfort ;
Celles d'un père, plus rugueuses, si fidèles et solides ;
Celles, encore potelées, d'un enfant trop petit, qui déclenchent des flots de larmes ininterrompues ;
Les mains tendres, manucurées et parfumées de celles qui guettaient la chute ;
Des mains sales mais tellement généreuses qu'on les embrasserait sans hésiter ;
Des mains hésitantes, qui voudraient aider mais ne pourraient pas, d'autres victimes du syndrome « tout part en couilles » ;
Des mains sensuelles et caressantes dont on n'a aucune envie au vu de la situation ;
Des mains gantées et solidaires ;
Des mains moites et visqueuses qui se tendent juste pour vous rappeler qu'un jour les votre se sont tendues pour elles et que l'occasion est trop belle pour ne plus se sentir redevable ;
Des mains langoureuses juste pour se souvenir que nos propres mains ont un jour donné du plaisir ;
Des mains rugueuses et brusques qui bousculent et secouent ;
Des mains inattendues et surprenantes de celles et ceux pour lesquels on pensait ne pas compter ;
Des mains gluantes qui ne te lâcheront qu'au prix de multiples efforts ;
Des mains qui se tendent presque malgré elles, alors que le regard se détourne ;
Des mains surprises de devoir vous porter secours ;
Des mains narquoises qui disent leur satisfaction de vous voir là, étendu.
Des mains avec des doigts qui se pointent, accusateurs ;
Des mains anonymes qui frappent sur un clavier des mots au chocolat ;
Des mains qui applaudissent à votre chute avant de faire tinter des verres à votre malheur ;
Des mains qui se serrent, se transforment en poing en vous expliquant que la vie est un combat et que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort ;
Des mains, majeur fièrement tendu, sur lesquelles vous ne pourrez pas compter ;
Des mains enduites de fiel et d'huile de haine qui vous laisseront immanquablement retomber ;
Des mains délicates et nobles que vous serrerez demain, quand vous irez mieux... si vous allez mieux un jour.
Les mains qui comptent, malgré tout trop faibles pour faire le travail toutes seules, et s'adjoindront les services de bras.
Ces petits bras couleur de lait, avec un décalcomanie de Superman, te diront qu'aussi bas que tu puisses tomber, tu resteras un père avec ses devoirs. Ces bras chauds, puissants et forts qui te relèveront. Ces bras graciles, caressants et délicatement crémés qui te rappelleront que tu es un homme. Ces bras, aux aisselles transpirées et qui sentent le vin, la bière ou le whisky te sommeront de te relever, dussent-ils employer la force pour t'y contraindre.
Ces bras qui disent « je t’aime, tu comptes pour moi, je veux te garder près de moi… » qui font qu’à partir de ce moment là, tu sais pertinemment qu’après la pluie…tu peux te retrouver étendu sur du sable chaud avec des vaguelettes qui ne mouillent que les pieds et les chevilles, sur une plage d’une île Grecque…
Ces mains tendues, ces bras ouverts de ceux qui m'aiment et à qui s’adressent ces quelques lignes.